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Interview de Laurette Chardon

Publié le lundi 30 novembre 2015, mis à jour le vendredi 4 décembre 2015, par Cyrille Allet

Laurette est ASR au Laboratoire GREYC à Caen. Elle est membre du bureau de ResInfo, réseau national des ASR. Elle est notamment coauteure du Guide des Bonnes Pratiques pour les ASR et s’intéresse particulièrement aux aspects humains du métier des ASR et à la gestion du temps.

Laurette, pourquoi t’es tu intéressée aux aspects liés à l’organisation du travail dans notre métier ?

L’aspect organisationnel a très vite été un casse-tête pour moi quelques années après mon arrivée dans le laboratoire GREYC en 2001, étant seule ASR dans cette moitié du laboratoire. J’ai revu à cette époque entièrement le câblage réseau. Seulement l’effectif du laboratoire grossissait et les 3 équipes de recherche avaient des habitudes de travail différentes ... bref, à un moment donné, la tête et/ou le corps dit "stop" et c’est à ce moment que je me suis intéressée à la littérature sur ce sujet (foisonnante d’ailleurs). Ceci dit, et cela je l’ai compris encore quelques années après, toutes les méthodes d’organisation de son travail qu’on peut lire un peu partout aident bien sûr à être plus efficace, certes, et c’est d’ailleurs pour cela qu’au départ on s’intéresse à ces méthodes. Mais très souvent et inconsciemment, on se dit "chouette, comme ça je vais pouvoir en faire plus, être plus efficace, plus ci, plus ça ...". C’est une bonne motivation au départ, seulement le corps et l’esprit ont leur limite. Et puis, on a des difficultés à maintenir dans le temps une méthode qu’on sait intellectuellement être efficace. Il devient alors évident qu’une phase de renoncement à certaines tâches, et surtout d’acceptation de ce sentiment et de la frustration qui va avec, est nécessaire. C’est pourquoi je me suis inspirée pour la rédaction de la partie gestion du temps du guide GBP, des livres de François Delivré ("Question de temps" et "Les 4 saisons du temps"). Son expérience est très longue sur le sujet (plus de 30 ans) et il a, à mon sens, assez vite trouvé les mots justes pour prendre conscience "des endroits" où ça bloque tout en exposant la méthode qu’il utilise. Ceci dit, et il le souligne bien dans sa vidéo "mener sa journée", la meilleure méthode pour chacun est celle à laquelle on adhère complètement, qu’on expérimente, qu’on ajuste, qu’on "sent" bien pour soi. La motivation pour changer d’habitude puise son énergie dans notre ressenti, surtout au début. Ensuite, avec les ajustements nécessaires, cela devient au bout d’une dizaines de semaines une nouvelle habitude.

Suite à une formation sur « l’animation et le travail en réseau de compétences », tu as rédigé une synthèse destinée aux membres des comités de pilotage. Peux tu nous décrire les éléments clés de cette formation ?

Effectivement, organiser le travail qui ne dépend que de soi est une chose, organiser son travail dans le cadre d’une équipe ou en réseau en est une autre. La différence est de taille puisque c’est l’aspect relationnel qui intervient, et nous savons tous par expérience un jour au l’autre que cela représente une part importante de la réussite ou de l’échec d’un projet commun.

Dans cette formation, en premier lieu nous apprenons comment différencier les différents types d’organisation : hiérarchique, matriciel et en réseau. Ensuite, nous abordons les principaux problèmes auxquels doivent faire face les réseaux : l’indépendance, "l’anti-sympathie", l’apathie / l’indifférence. Ce dernier point est important car c’est souvent un manque de motivation, d’énergie, qui ressort comme étant le premier problème observé dans les réseaux métier. Et ensuite, vient la question : "comment je positionne mon travail en réseau par rapport à mon travail dans mon laboratoire et à ma hiérarchie ?"

La petite synthèse que j’ai faite est accessible sur ma page web.

Je rajouterai également que dans le cadre du réseau, l’écoute de l’autre, la reformulation de ce qu’il dit de façon la plus objective possible, avoir un état d’esprit d’ouverture et se donner le temps de réfléchir à des solutions sont aussi des éléments importants.

Dans le cadre du guide des Bonnes Pratiques , quels sont en particulier les points clés que l’on peut extraire et qui peuvent être utiles pour l’ASR dans son travail au quotidien ?

Il y a dans le guide un certain nombre de "trucs et astuces" comme maintenir à minima une liste de projets/actions simples et un agenda, des plages horaires d’assistance, un livret d’accueil, de la documentation sur les systèmes gérés ... Ensuite on voit pourquoi ça ne marche pas toujours ! La notion d’urgence ou de priorité est-elle claire pour nous ? Connaissons-nous nos points faibles comme la procrastination ? Et puis dans nos métiers de service, on glisse très souvent dans le sauvetage parfois à outrance et là, il faut savoir imposer nos limites aux utilisateurs. Enfin, il y a des moments où on doit renoncer à certaines choses pour pouvoir mieux en finaliser d’autres.
Là aussi, ma présentation lors de la dernière ANF ainsi que le résumé de deux livres sur le gestion du temps (F. Delivré et D. Allen) sont sur ma page web.